Armillaria ostoyae

Armillaire

Armillaria ostoyae

Pourridié - agaric

 

Quand vous en avez vu un, vous les avez tous vu.

Encore faut-il identifier le premier.

Voici donc une poignée de photos de plus, vous en trouverez bien d'autres sur la toile.

A St Agrève, nous sommes dans la zone de prédilection d'Armillaria ostoyae qui accompagne les résineux dans toute leur extension.

Mais dans un cercle de 200 m autour de Lacour nous avons pu trouver en ce mois de novembre 2011:


S
ur le chemin des Grisard :
Ostoyae sur épicéa
Mellea sur érable

Dans la cour du château :

Cepistipes sur vielles souches de pommiers
Gallica sur marronnier

Ceci un dimanche matin avant d'aller faire une visite à la foire aux cèpes de St Bonnet ou le club mycologique de Sainte Sigolène tenait une expo.
Belle occasion de faire valider les déterminations pour trois espèces que je voyait là depuis peu.

La question qui se pose est celle de l'évolution dans le temps de la quantité de champignons.
Ceux-ci n'interessant quasiment personne, l'enquète est difficile mais elle est ouverte.

Dans un premier temps, nous n'avons vu des carpophores que sur les épicéas et quelques pins.

Année 2010
La situation évolue, et nous en avons vu sur les Douglas et les Grandis qui sont sensibles à ce pathogéne. Tout rentre donc dans l'odre et se confirment les soupçons que l'on avait.

Année 2011
Les voilà en belles touffes sur les grandis.
Au Fonzal

Au bois Lacour

 

 

 


 

Lien SERVICE CANADIEN DES FORETS

 

 

La présence de sécrétion de résine sans blessures apparentes peut signaler une attaque d'armillaire.
Ceci est confirmé dans cet exemple par la présence de palmettes.
L'affaiblissement qui en résulte favorise l'installation du dendroctone.

Plantation récente sur terrain agricole = l'armillaire devrait y être rare : ce n'est pas le cas.
Le dendroctone s'installe de préférence sur des arbres de plus de 40 ans : Nombreuse et récentes attaques dans une plantation de ( ? 25 ans environ)
Nous en déduisons: bonnes conditions édaphiques = longue vie à l'armillaire.

 

 

 

 

Cliquer sur l'image pour voir plus de photos
L'Armillaire futur souci

L'armillaire

Nous nous sommes longtemps interrogés sur certains symptômes de dépérissements observés.

Nous avons trouvé un méchant qui va être notre nouveau bouc émissaire jusqu'à une prochaine grande idée.


Les Armillaires sont des agents majeurs des problèmes sanitaires forestiers.
D'après les données DSF (1989- 2001), les signalements d'armillaires concernent :
43 % des Fiches sur Abies Grandis

Et 8 % des fiches sur le Douglas

203 millon d'hectares au Canada.pdf

Intéresserons- nous à Armillaria ostoyae sur les Grandis et les Douglas.

Et plaçons-nous dans le scénario largement utilisé de Sinclair :


Facteurs prédisposants
Facteurs déclenchants
Facteurs aggravants



Facteurs Prédisposants :

Conditions de station défavorables.

Le Grandis  « Donne ses meilleurs résultats en France dans les plaines, collines et basses montagnes sous climat atlantique, même atténué (régions très diverses, Nord-est compris), et en sols frais et profonds ; il peut alors réaliser une croissance très rapide » (Jacamon (1979))
Ce n'est pas le cas des Boutières ni du plateau,


PH des sols des deux parcelles concernées dans les photos de cette page (Fonzal et Barjon), autour de 4,7 avec une valeur à 4,3 et une à 5,3.
On se trouve donc à la limite de la tolérance du Grandis.
Sols granitiques drainant et peu profonds, acidité des sols, climat à tendance méditerranéenne, les conditions de station sont donc défavorables.
Ce n'est pas une surprise.

Un suivit sur 17 placettes du réseau RENOCOFOR de 1994 à 2006 montre que :
« 
Malgré la baisse importante des pollutions soufrés suite à la mise en œuvre de politiques ad hoc, le niveau des pollutions azotés reste important et devient la principale source d'acidification » (Nicolas - Dambrine Ulrich RDV techniques hors série N°4 ONF 2008).

Cette étude montre que sur les sols pauvres (notre cas) la charge acidifiante peut rester trop importante et qu'ils peuvent être encore acidifiés par le drainage des sulfates qu'ils ont accumulés dans le passé (les trente glorieuses (c'est vieux tout ça !))

Sur la placette RENOCOFOR EPC 08 (Ardennes) sur schistes ardoisiers, qui est minéralogiquement la plus proche ne notre cas, l'évolution du PH de 1995 à 2005 montre une baisse de 0,3 point.
Entre les facteurs qui jouent dans des sens contraires (diminution d'un facteur 8 de la pollution soufrée, pouvoir tampon des sols etc.) difficile de savoir comment extrapoler et déplacer cette courbe, mais faute d'autres éléments, nous le ferons en étant gentils. Retenons .02 de baisse du PH sur dix ans.

Les données recueillies par François Biggore sur des calcaires du Dogger Lorrain (Pays Hauts et plateau de Haye) sont compatibles (et même supérieures) avec cette estimation. On constate une perte de 1,5 point de PH dans l'horizon A1 sur 25 ans, ce qui est assez impressionnant vu le pouvoir tampon initial de ces sols.
Thimonier (1994), a pu mettre en évidence des changements de végétation herbacée dans les hêtraies du Nord-Est de la France. Pour Thimonier, le développement ces 20 dernières années d’espèces nitrophiles et acidiphiles traduit une augmentation de la richesse azotée et une acidification du milieu


Pour les arbres plantés dans les années 60 et qui ont si bien commencé leur carrière, cela nous fait 1 point de PH.
(Si les chiffres sont transposables)
C'est dire que l'on est passé d'un PH faible mais acceptable à la limite de la tolérance pour l'espèce.

Nous appuierons du même côté de la balance en y ajoutant les autres facettes de la pollution

Le problème de l'ozone :

Nous n'avons pas trouvé d'indication sur la sensibilité du Grandis à la pollution par l'ozone mais elle ne doit pas être nulle.
L'observation à l'œil sur le terrain n'est pas facile, mais tout a côté, les effets de l'ozone sur les Fayards sont bien observables.
(
Voir la page ozone)   
et il y en a pour tout le monde.

.
Ajoutez les carences Cuivre (visibles sur les Douglas), la baisse de la teneur en Phosphore (1% par an d'après L. Croisé et M. Jonard) Douze années de mesures sur le réseau RENOCOFOR.
Sans oublier les apports d'Azote atmosphérique, les métaux lourds etc., toutes choses petites choses qui perdurent ou s'accumulent.
Dans un système à la limite de l'équilibre, tout problème en plus est un problème en trop.


Les premières plantations ont fait preuve d'une insolente croissance, ce qui a poussé les voisins jaloux à planter à leur tour sur les chambas abandonnés.
Le dépérissement prématuré des plantations de Grandis est-il du au franchissement de la ligne jaune, par rapport à l'environnement ou par rapport à une plus grande exigence nutritionnelle
ou ? ou ?
Ils sont morts, n'en parlons plus!


Facteurs déclenchants

Sécheresses répétées.

 


La rafale de sècheresses que l'on a subit ces deux dernières décennies est probablement le facteur déclenchant du dépérissement.

Données ONF: Dans l'Aveyron  Exemple 1   // Dans le Tarn Exemple 2


Les données pluviométriques journalières sur le Cheylard sont disponibles pour le grand public à partir d l'année 2000. Celles qui nous intéresses (1950à 200) sont réservées aux chercheurs (ou à Wikileaks?).
Nous allons donc réfléchir au doigt mouillé. En effet, les moyennes mensuelles ne présentent aucun intérêt pour apprécier le stress hydrique. Il nous reste donc le journal local ou l'observation des fentes de sécheresse bien visibles sur les Epicéas et suffisamment sur les Grandis pour valider le fait.

Le début des mortalités massives a été observé à partir de 2006.
Le coup de grâce a été porté par la sécheresse de 2003.



Facteurs aggravants

L'armillaire
Terminators : les scolytes.



Des problèmes de dépérissements sur Douglas et Grandis qui apparaissent depuis 4 ans ne trouvaient pas d'explications. Quelques photos placées dans la rubrique problème du site ne nous ont pas apportées de commentaires.
Après avoir tourné longuement dans les bois avec une tronçonneuse ou pour aller aux champignons (comestibles) nous avons pu trouver des carpophores d'Armillaria Ostoyae qui ne laissent plus de doutes sur le scénario.

Nous utiliserons largement le très complet ouvrage sur l'Armillaire référencé par (G*)


« En conditions naturelles Redfen (1973) a estimé à un mètre par an la croissance des rhizomorphes … Ce chiffre est repris comme standard dans les études épidémiologiques » (G*)
« 
Dans le Massif Central Legrand (1994) estime la croissance annuelle des rhizomorphes à 50 cm dans les conditions climatiques considérées 
»


Nous en concluons que la présence de palmettes au collet d'un arbre récemment mort, indique que l'Armillaire y était installé depuis plusieurs années. Il est responsable des symptômes observés (Photos)

Les carpophores sont d'une discrétion remarquable.
Deux tout petits sur un Douglas, une petite touffe sur un Grandis sur les trois parcelles passées au peigne fin.

Pour la finition, suivant affinités, vous disposez de :

Pityokteines curvidens, Pityogenes chalcographus, Urocerus gigas, entre autres qui assurerons au premier coup de sifflet une mort spectaculaire et les conversations au bistrot.
C'est ainsi que la plantation de Grandis de St Julien Boutières qui avait petite mine depuis 2007 sans se décider à mourir s'est retrouvée KO au printemps 2010.
Les protagonistes étaient dans la place.
La sécheresse de l'automne 2009 a donné un coup de mou aux Grandis qui, baissant la garde, se sont fait bouffer au printemps.
Sur ce site nous ne sommes pas encore allé voir si il y a présence d'armillaire.(2010)

En Novembre 2011, l'observation montre des rhizomorphes d'Armillaire sur des pins secs depuis plusieurs années dans une plantation par ailleurs quasiment vide de tout autres champignons malgré plusieurs recherches. Ceci pose la question de la facilité d'envahissement de pathogènes primaires dans des lieux vides de tout un écosystème d'équilibre régulant cette capacité invasive.
Il nous manque un spécialiste ou quelques mois d'observations supplémentaires pour ouvrir une page sur le sujet ( ? automne 2012)
Sur le site de St Julien Boutières, nous pouvons à présent échafauder ce scénario.
- Plantation des Grandis sur terrains abandonnés
- Quelques pins s'installent bénéficiant d'une bonne lumière.
- La plantation grandi, l'espace et la lumière manque aux pins qui sont alors dominés et dépérissent
- Attaque de l'Armillaire, mort des pins.
- A partir de ces points d'introduction et sans concurrents, l'Armillaire attaque les Grandis bénéficiant des stress hydriques nombreux de cette décennie.

 

 

 

Discussion



A partir d'une parcelle de Douglas et de deux parcelles de Grandis situées sur d'anciens terrains agricoles, que l'on a devant la porte et étudiés de prés, ou d'observations plus générales.



Qui dit terrain agricole dit pression faible à nulle de l'inoculum d'Armillaire, donc faibles chances de présence et faible niveau d'infestation. (G*)
Nous constatons malgré cela la présence fréquente d'armillaire sur les terrains observés.
Ceci nous amène à penser que les conditions édaphiques sont particulièrement favorables à sa prolifération :

PH entre 4,5 et 5
Eutrophisation (pollution azotée)
Texture des sols.
Plus ?? plus.

Trois caractéristiques qui devraient persister,

Si le scénario du réchauffement climatique est réaliste ou si la décennie 2010 - 2020 ressemble à la précédente, la succession de stress hydriques propice au réveil des lésions latentes, va accentuer le problème.
Sur ces parcelles libérées, tout le monde pense à replanter du Douglas.
Le PH est dans la limite basse des bonnes conditions, il ne faudrait pas qu'il baisse trop (pollution).
L'Armillaire qui s'est installé dans des conditions difficiles aura lors d'un reboisement sur coupe rase les conditions optimum pour prospérer. Il devrait passer du statut de parasite opportuniste à celui de parasite primaire et pourrait donc représenter une menace majeure pour l'avenir des plantations.
Des scolytes divers et variés devraient profiter de l'aubaine si quelques coups de chaleur se mettent de la partie.
Les Douglas n'ont pas besoin de cela.
Les attaques du chermès et du rouge suisse du Douglas sont généralisés et font parties du paysage tout en étant pas spectaculaires.
Le Rhabdocline est plus rarement présent, mais qui sait.

Nouveau et intéressant, la présence de Sphaeropsis sapinea, déjà vu sur le serre de Lacour dans le Douglas et bien présent sur les pins du quartier. Il ne demande qu'un peu de chaud pour prendre toute sa place.
N'oublions pas
Fusarium circinatum qui est à nos portes et demande lui aussi un petit coup de chaud.

Les Douglas censés prendre la relève dans nos forêts pour alimenter les futures stations bois énergie ne son pas encore dans la boîte.

 

Pollution:
poussières sur des aiguilles de Pins

Le rapport 2010
www.icp-forests.org/pdf/ER2010.pdf

 

 

Armillaire versus Douglas & Grandis
Quelques éléments

Premières interrogations à la vue d'aiguilles vertes au sol ou de chute de rameaux sur douglas.
Ecorces pourries et autres

Trois années plus tard, présence de carpophores discrets qui confirment les doutes

Balaron 2007, aiguilles vertes au sol et attaques de gros calibres; Il y a un souci.

En 2010, présence d'armillaire, sur ce même fut.
Si l'on retient une croissance de 50 cm à 1 m/an, on voit bien que, en 2007, l'abre était déjà affaibli par l'armillaire.



Des carpophores sont trouvés à 4 métres de ce fut. CQFD.




Armillaires Photos
Armillaire
Armillaires sur Marronier Château Lacour

Armillaires sur marronier

 

2009: Le marronier qui a mauvaise mine est taillé
2010: Il ne repart pas, deux petites touffes d'armillaires
2011: le tronc est coupé et débité, de l'armillaire de partout

Château Lacour | lacour 07320 Saint Agrève | Tél. : 04 75 30 12 31 | Ouverture: vendredi, samedi et veilles de fêtes de 22h30 à 4h