Mon cher oncle,
Ca fait donc un mois et demi que je lis tous ces commentaires sur ce forum. Et depuis un mois et demi, je lis tous ces commentaires, tous ces témoignages, toute cette émotion, toutes ces personnes qui râlent, qui pleurent, qui sont triste. Alors, comme vous tous ici, je vais faire part de mon témoignage.
Un peu de musique dans le casque, du Toto la Momposina, j'espère que tu apprécieras le choix... Témoignage donc: Suite….
La première fois que je suis venu à Lacour, je ne m'en rappelle pas. En même temps, je devais avoir moins d'un an, peut-être même pas les yeux encore ouverts. Pour moi Lacour, c'était la maison de mon Oncle Guy. Y avait bien une grande salle au-dessus de la salle où on faisait les Noël (la salle du bas pour ce qui ne savaient pas), mais j'avais pas le droit d'y aller. En réalité, j'avais bien trop peur d'y monter...peut-être qu'inconsciemment, je sentais que cette salle était trop mythique pour mon jeune âge, qu'il fallait attendre un âge mûr pour apprécier, un peu comme le café ou le bon vin.
Puis en 98 je crois, un de ces étés de vacances à Saint Agrève. Mon premier concert live (à part du classique) : Louise Attaque. Inconnu dans mon bataillon mais bon. Et là, c’est complètement incroyable pour moi de voir autant de monde dans cette boite, un concert de folie, autant de gens dehors que dedans, je me retrouve au bar, au service, moi qui n’ai jamais bu une bière, je me retrouve à devoir servir une bière à un mec. La moitié part en mousse. Je suis mort de trouille, ça chante devant, ça crie les commandes derrière et j’ose à peine lever le petit doigt pour demander de l’aide. Parce que le gars devant moi remarque ma panique totale et enchaine une négociation pour avoir sa bière gratuite. Re-panique, aide divine d’un serveur, on lui ordre 50cts sur sa bière(en francs) l’honneur est sauf. Je passe ma première soirée digne de ce nom à Lacour et c’est pour moi une ouverture d’esprit. (NDRL en 98, j’avais 15 ans, je portais des joggings avec des chaussures bateaux)
Puis cet été, je passe donc deux autres mois à Saint Agrève, avec 11 ans de plus, et je ne suis plus derrière mais devant le comptoir, Sturmbio dans une main, la tête dans l’autre main, parce que là, vraiment, j’en peux plus, il est 4h du mat, je suis épuisé et j’ai peut-être bien les dents du fond qui baignent.
Et là cet été, quelle tristesse ! Personne. On sort pour pouvoir fumer. On rentre à pied ou pas vite pour voir les gendarmes de loin. Moins de liberté tout simplement.
Je suis profondément attristé de cette fin. Plus qu’une boite de nuit, c’était pour moi la Famille.
Par le plus grand des hasards, pendant ces 2 mois, des amis à moi sont venus. Et ils ont vu ce que je leur racontais de par chez moi. Une boite de nuit, dans une grange en haute Ardèche, où le Dj est mon oncle qui passe encore une poignée de Vinyles vieux de Mathusalem avec de la musique de folie, où on boit des TekPaf dans une ambiance unique, où des chiens font la sieste derrière le comptoir ou dans les escaliers sans que ça ne dérange personne, où un cavalier sert des bières assis sur son cheval (ça si c’est pas unique…)… Parce que je les voyais bien mes potes me regarder avec un air entendu quand je leur raconterai ces histoires. Façon de dire, « ouais mon pote, tu serais pas un peu marseillais toi ?? », surtout pour l’histoire du cheval d’ailleurs.
Bref, c’est moche. Et comme vous tous, je suis triste. Et je me dis que, parmi vous, il y a des gens qui ont passé mille fois plus de temps que moi à Lacour, qui y ont mille fois plus de souvenirs, de sujets d’émotion. J’ai vu quelque part que des gens s’y sont rencontré et sont marié maintenant. Pour moi, ça restera la boite de nuit perchée en haut de l’Ardèche, loin de chez moi mais en même temps si proche.